22/09/2018

Précieux ensemble de couleurs et de poésie : Le royaume coloré des êtres Vivants , collections de Jakuchū (1716-1800) est à voir très vite au Petit Palais avant la restitution au temple de Shökoku-ji de Kyoto

Deux visites en un seul lieu : Prolongation jusqu'au 14 oct seulement : Les impressionnistes à Londres au Petit Palais et une exposition temporaire à voir en même temps du 15 septembre 
jusqu 'au 14 octobre 2018 seulement : Le royaume coloré des êtres vivants , collections de Jakuchū (1716-1800)
Le Royaume coloré des êtres vivants

 A voir avant la mi-octobre.
La deuxième exposition magnifiquement présentée est à attraper au vol car elle est de passage à Paris jusqu'au 14 octobre seulement ! 



Les causes en sont ; l'extrême fragilité des oeuvres et le prêt par les collections impériales japonaises. Ce trésor se compose de trente rouleaux de soie , représentant la faune et la flore avec toute la finesse des traits liés à cet art spécifique. 

L'histoire de Jakuchu ne manquera pas de vous intéresser puisque grossiste en fruits et légumes à Kyoto, décida à 40 ans de consacrer sa vie à l'art. On se dépêche car le Petit Palais accueille ces merveilles pour un mois seulement avant de les réexpédier dans les collections impériales au Japon.

17/09/2018

Savourer la rentrée avec la nouvelle exposition Giacometti entre tradition et avant -garde...Actuellement à voir au musée Maillol, à ne manquer sous aucun prétexte.Une véritable pépite de cette rentrée ...et à partir de sa réouverture mi-octobre visiter l'Institut Giacometti, un lieu paisible et envoûtant où sont conservées les traces de la vie de ce grand artiste.

Le language de la tradition : Alberto Giacometti est le fils aîné d'un peintre néo-impressioniste renommé, Giovanni Giacometti. Il grandit donc dans l'atelier paternel, à Stampa, en Suisse italienne et s'initie très tôt à l'art.En 1914 âgé seulement de treize ans , il réalise son premier buste d'après nature, prenant son frère Diego pour modèle. Par la suite tous les membres de la famille poseront pour lui.
Alberto Giacometti, Tête de Diego enfant vers 1914-1915, Plâtre, fondation Giacometti, Paris.
En 1922 , il part à Paris pour suivre des cours avec le sculpteur Antoine Bourdelle (1861-1929) à l'académie de la Grande Chaumière, où des élèves du monde entier viennent s'initier à la sculpture d'après modèle. Bourdelle associe un enseignement classique d'après nature à une approche formelle du volume par facettes géométriques.

De la même génération que Bourdelle, Aristide Maillol (1861-1944) et Charles Despiau (1874-1946) ont eux aussi cherché à renouveler la tradition du portrait classique en faisant poser leurs proches.



Les têtes : ou comment représenter la figure humaine de la manière la plus ressemblante possible ? A partir des années 1935 cette question accapare Giacometti lorsque, abandonnant l'imaginaire onirique et surréaliste, il revient au travail d'après nature. Il prend pour modèles ses proches , qu'il contraint à rester assis sur un tabouret des heures, tandis qu'il sculpte sans relâche, poursuivi par un sentiment d'échec permanent . Les têtes réalisées par Maillol d'après Renée Rivière et d'autres jeunes modèles féminins dans la première décennie du XX e siècle évoquent celles de l'antiquité romaine. Giacometti revient lui aussi aux formes classiques dans certaines sculptures de bustes et de têtes. Cependant il retient aussi la leçon de Bourdelle et, considérant le socle comme partie intégrante de l'oeuvre , multiplie les variations tant de formes , de proportions entre figures et bases.


Portrait de Simone de Beauvoir 1946 par Alberto Giacometti 


Femme plate V vers 1929 ,plâtre, fondation Giacometti Paris et Tête crâne 1934, plâtre, fondation Giacometti paris.
Les stèles et les figures plates, qu'il exécute dans les années
1927-29 sont d'un stylisation extrême, parfois proche de l'abstraction. Elles évoquent également le caractère magique de la sculpture archaïque des Cyclades et le mettent sur la voie du surréalisme, qu'il suit de 1930 à 1935.
Alberto Giacometti, Le couple, 1927, bronze fondation Giacometti, Paris.
Tête de femme( Flora Mayo) 1926 en bronze.

L'Afrique en particulier, inspire de nombreux sculpteurs Giacometti au fait de ses recherches, puise lui aussi dans les arts primitifs qu'il étudie et copie lors de visites au musée du Louvre et au musée éthnographique du Trocadéro. Détails de masques, de boucliers ou de totems lui ouvrent tout un monde de formes nouvelles.









Giacometti se confronte à la représentation du mouvement dès les années trente avec le pas timide de la Femme qui marche, inspiré de la statuaire antique.Après la guerre cette thématique devient prépondérante. Entre 1947 et 1951, il sculpte différentes versions d'hommes et de femmes en marche, isolés ou en groupes.La sculpture égyptienne qu'il copie lors de ses visites au Louvre ou directement dans de nombreux livres d'art qu'il possède influencera ses femmes debout d'après-guerre aux pieds lourdement ancrés dans de massifs socles rectangulaires.
Giacometti s'intéresse également à la dimension de ses figures qu'il allonge et agrandit de plus en plus, jusqu'à sa version ultime de l'homme qui marche, réalisée en 1959 dans le cadre d'un projet destiné au parvis du gratte-ciel de la Chase Manhattan Bank à New York.

Alberto Giacometti: Femme qui marche I 1932 , en plâtre Fondation Giacometti, Paris.
Homme qui marche II, 1960, Plâtre. Fondation Giacometti Paris
Femme qui marche I 1932 , en plâtre Fondation Giacometti, Paris
Homme traversant une place. 1949. Alberto Giacometti.Bronze.
Zurich, Alberto Giacometti Stiffung.

L'exposition se nomme tradition ou avant-garde, Giacometti cherche son propre style. Il copie les grands maîtres par de nombreux dessins au stylo à bille sur ses livres et carnets.
Ci-dessus l'homme qui marche de Rodin copié directement sur le livre au stylo bleu.


Auguste Rodin: Saint Jean-Baptiste 1880
bronze, Musée Rodin, Paris

Les hommes représentés par Alberto Giacometti sont des figures sans identité, réduites à leurs caractéristiques morphologiques essentielles.
Mais Alberto Giacometti reste influencé par l'Antique mais l'oeuvre évoque surtout l'art de Rodin, en particulier son Saint- Jean-Baptiste 1880 qui figure son propre homme qui marche, dont Giacometti étudie et copie soigneusement mouvement dans un de ses livres sur le maître présenté ci-dessus. De Rodin Giacometti retient la manière de propulser la figure vers l'avant tout en gardant les deux pieds solidement ancrés dans la terrasse de la sculpture.

L'atelier : en décembre 1926,  Giacometti s'installe dans un atelier d'à peine 23m2, au 46 rue Hippolyte Maindron dans le quartier des artistes à Montparnasse, où il restera toute sa vie. C'est dans cet espace tant modeste tant par sa surface que par son manque de confort que Giacometti produira la grande majorité de son oeuvre. Giacometti y accueille volontiers les plus grands photographes de son époque qui défilent entre les années 1930 et 1960 pour témoigner d'un espace à l'image du travail de l'artiste, à la fois en perpétuel mouvement et néanmoins figé dans le temps.

Robert Doisneau, Alberto Giacometti posant dans l'atelier 1949.

Germaine Richier La feuille 1948

Figures féminines : La représentation du nu féminin, reste un sujet de prédilection pour certains artistes tout au long du XXe siècle et elle est centrale pour Giacometti.
Femme qui marche I ,1932 , plâtre Fondation Giacometti, Paris;
Giacometti s'inspire des mannequins de vitrine dont les corps juvéniles fascinent alors les surréalistes.






Aristide Maillol, Les trois nymphes de la prairie, 1930-1937 Bronze Fondation Dina Verny-Musée Maillol, Paris
Aristide Maillol, Les trois nymphes de la prairie, 1930-1937 Bronze Fondation Dina Verny-Musée Maillol, Paris 
 et Ossip Zadkine, Vénus Cariatide 1919, bois de poirier
Musée Zadkine, Paris.
Pour d'autres artistes , la représentation du corps féminins croise une variété d'influences comme l'Antiquité chez Bourdelle et Maillol, ou le primitivisme chez Zadkine.
Germaine Richier (1904/1959) renoue après la guerre avec la figuration allégorique en fusionnant représentation de la femme et formes issues de la nature.


Avec l'Institut Giacometti, la fondation Giacometti dispose désormais d'un lieu à Paris magnifiquement restauré ouvert au public depuis le mois de juin dernier. J'ai eu le plaisir de m'y rendre à son ouverture pour voir l'exposition très intimiste Giacometti/Genet L'atelier d'Alberto Giacometti vu par Jean Genet. La fondation est actuellement fermée réouverture  le 16 octobre  voici les coordonnées de la fondation-giacometti.




Musée à taille humaine, l'Institut Giacometti est comme un écrin et il se situe dans le XIV ième arrondissement ; dans un hôtel particulier aménagé pour faire un espace d'exposition. On y voit l'atelier d'Alberto Giacometti dont l'ensemble des éléments a été conservé par sa veuve, Annette Giacometti.  Parmis ceux-ci, des oeuvres en plâtre et terre très fragiles, dont certaines n'ont encore jamais été montrées au public, son mobilier et les murs peints par l'artiste. 
L'institution comprend une bibliothèque et un lieu de lecture pour profiter de la paix du lieu tout blanc renforçant la plénitude de la découverte du lieu dédié à l'artiste.